• La tribune du Jay : Uberisation, la nouvelle version de l'esclavage légal.

    Chers amis, chers lecteurs,

    J'aimerais aujourd'hui vous faire part de mon expérience au sein d'un nouveau type d'entreprise très en vogue aujourd'hui, j'ai nommé les start-ups.

    Mais qu'est ce qu'une start-up me direz-vous  ?
    Pour faire simple, il s'agit d'une entreprise utilisant de nouvelles technologies afin de révolutionner le monde des services (dans le cas de celles pour lesquelles j'ai pu travailler).

    J'ai donc commencé à travailler pour une célèbre société de livraison de repas à domicile à vélo en février 2016.

    Je vous explique comment j'en suis arrivé là  :

    Fin janvier 2016, en pleine recherche d'emploi après m'être fait virer sans raison d'un poste à l'aéroport, je tombe par hasard sur une annonce lors d'une nuit d'insomnie (véridique, j'ai postulé à quelque chose comme 3h du matin).

    Cette annonce proposait donc de devenir coursier à vélo pour une nouvelle entreprise qui s'implantait à Nice.

    Tout paraissait alléchant  : la rémunération, les bonus, la bonne ambiance, le job en lui même, bref je n'hésite pas longtemps et envoie ma candidature.

    Quelques semaines plus tard, je reçois un appel d'un des recruteurs de la fameuse start-up.
    Après un bref entretien toujours aussi prometteur sur ce futur job, il me signifie que je recevrai rapidement une convocation pour choisir la date de mon «  embarquement  » (terme employé pour embauche dans cette boite, il faut se démarquer) via une application en ligne...(high tech je vous dis...)

    Rendez-vous est donc pris dans une salle de réunion d'un grand ensemble de bureau.
    Je fais bonne impression en arrivant avec mon fixie de l'époque, le style hipster plait énormément au sein des start-ups (ou est-ce l'inverse...?).

    Pour cet «  embarquement  » nous sommes donc 5 futurs «  bikers  » (ça fait mieux que livreurs, non?) et 2 responsables du recrutement.

    Tout le monde se tutoie, on parle de nos expériences, ambiance «  à la cool  », c'est cela les start-ups.

    Donc pour travailler pour cette boite il faut un smartphone, un vélo et...être auto-entrepreneur.
    Après tout pourquoi pas, cela permets d'être flexible et de gérer son emploi du temps comme on l'entends.

    Je repars donc avec mon sac, mes tshirts, une batterie auxiliaire, une veste et un pantalon de pluie et surtout plein d'espoir pour des jours meilleurs .

    Je fais donc mes premières livraisons les week-ends dans un premier temps (ayant décroché un cdd de facteur entre temps).

    Tout se passe pour le mieux, je fais la connaissance de mes nouveaux collègues Rafael et Paz, 2 étudiants chiliens qui deviendront rapidement des amis.

    D'ailleurs cet emploi m'aura permis de me faire de nombreux amis : je pense notamment à Camille et Joris sans qui ma vie à Nice ne serait pas la même, à Pierre grâce à qui j'avais un peu de Bourgogne sur la Cote d'Azur, à Mohamed, à Dominique, à Sylvie, à Elena, à Shayan mais aussi au personnel de certains restaurants.

    Bref de Février à Août tout allait très bien, ce job était devenu mon activité principale, c'était parfois dur mais le salaire suivait.

    Il était assez courant pour moi durant l'été de finir à plus de minuit au lieu de 22h45, les commandes étant payées double voire triple cela ne me dérangeait pas spécialement.

    Je travaillais en moyenne 50h par semaine pour une paie approchant les 2300 euros, si l'on rapporte au taux horaire cela n'a rien d'exceptionnel mais bon j'avais une certaine liberté.

    A partir d'Août, il y a eu une grosse vague d'embauche afin de nous venir en renfort (il faut dire que durant la période de l'Euro nous étions débordés), mais le gros changement fut celui de la rémunération, je vous explique  :

    Aux débuts de la fameuse société ici à Nice nous étions payés 7,50 euros par heure et 2 euros par course (évolutifs à 3 puis 4 euros par course sous condition d'être irréprochable, pour ma part j'ai atteint les 3 euros avec d'autres collègues mais personne n'a jamais vu les 4...) ce qui permettait de sortir des salaires corrects. Puis un beau jour ils ont décidé de payer tous les nouveaux entrants (et nous ont incités à changer aussi de tarif car soi disant plus avantageux...) 5 euros par course.

    Très clairement, tous les bikers que je connais au nouveau tarif font moitié moins de paie que moi pour le même nombre de courses.

    Ceci était le premier coup de massue, on pensait tous qu'ils ne recruteraient personne avec ce salaire...ce fut tout l'inverse.

    Ensuite nous avons eu droit à une suppression des zones de travail (auparavant la ville était divisée en 3 zones), ce qui nous a moyennement arrangé, puis à des distances totalement disproportionnées pour de la livraison à vélo suite à cette suppression.

    Puis est venue l'obligation d'être constamment sur l'application sous peine de ne recevoir aucune commande et d'être considéré comme refusant des commandes, sympa comme surprise...

    Continuons avec une diminution des bonus week ends (auparavant 50 euros pour 3 soirs de week ends de travail contre une majoration horaire de 1 à 3 euros suivant le jour qui au final aboutit à un bonus de maximum 40 euros et difficile à atteindre).

    Et pour finir en beauté une limitation importante du nombre de places sur le planning.
    Car je ne vous ai pas dit mais chaque mercredi matin nous devions nous inscrire sur le planning en ligne. La règle de départ était premier arrivé, premier servi ce qui était au fond pas si mal. Avec cette limitation, les superviseurs choisissaient qui travaille à quel moment.
    Si vous aviez le malheur de ne pas être parfait dans votre travail, vous pouviez dire adieu aux meilleurs créneaux.

    Bref les jours s'assombrissaient pas mal pour les plus anciens tandis que les nouveaux n'ayant pas connu l'ancien système trouvaient tout cela parfaitement normal.

    Lors des mes vacances en Octobre, j'avais dans l'idée de trouver un emploi en complément de mon poste de livreur.

    C'est alors que je vois une annonce pour un poste de voiturier à l'aéroport pour une nouvelle start-up spécialisée sur le segment. Les conditions sont intéressantes, les horaires libres car poste en auto-entrepreneur, bref je tente.

    Environ 1 mois après je suis recontacté par cette fameuse entreprise et après plusieurs entretiens, je rejoins l'équipe.

    Tout se passe plutôt bien, hormis certains soucis d'attribution des missions qui font que je me retrouve à devoir prendre en charge 3 voitures en même temps tout en limitant les tickets de parking (sic) ou à devoir rendre 2 voitures en même temps à des clients qui ne veulent pas attendre.

    La surprise vient d'un message sur le groupe Facebook de l'entreprise où l'on nous annonce que l'on peut avoir une importante somme d'argent à donner en cas de sinistre responsable avec le véhicule d'un client et que nous ne sommes pas couverts dans ce type de situation.

    Grosse surprise pour ma part, il est vrai que l'entreprise m'a demandé mon assurance responsabilité civile perso mais m'a assuré que nous étions couverts tous risques en cas de sinistres.

    Un de mes collègues ayant eu 2 sinistres se retrouve viré et à une somme très importante à donner.

    Mais attends, me direz-vous, tu emploies le langage d'un employé alors que tu es auto-entrepreneur, n'y a-t-il pas un souci  ?

    Eh bien si, il y a un souci, un très gros souci. Toutes ces entreprises, start-ups, appelez les comme vous voulez font tout simplement du salariat déguisé.

    Ils imposent des horaires (illégal), procèdent à des sanctions (illégal), interdisent de travailler pour une société concurrente (illégal car principe même de l'auto-entrepreneur), bref procèdent exactement comme une entreprise classique avec ses employés.
    Sauf que les charges sont à la charge des auto-entrepreneurs …

    A mes yeux tout ceci n'est qu'une forme de fraude fiscale et d'exploitation du personnel.

    J'espère voir un jour de vraies sanctions et de vraies lois afin de lutter contre cette situation qui met plus de gens dans l'embarras qu'autre chose.

    Chers amis, lorsque vous commandez à manger, préférez votre resto local, lorsque vous garez votre voiture en aéroport préférez le service de celui-ci. C'est plus cher me direz vous, je vous répondrai, demandez vous pourquoi.

    Et en ville lorsque vous croisez un livreur à vélo avec son gros sac cube qui prend tous les risques possibles, soyez indulgent, si il ne procède pas ainsi, il ne gagne rien et risque même sa place.

    Allez au plaisir chers lecteurs ;)

    - Jay

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