• Les Blessures de l'Âme Sont Eternelles...

    Au sein de l'Ancien Monde, il y a deux forces qui s'opposent en permanence. La Lumière, représentée par les Humains, les Nains, les Elfes et leurs alliés... Et le Chaos, dont les Géants, Trolls, Ogres, Morts-vivants, Vampires et Mutants sont les sbires. Et ce sont précisément les Vampires qui vont vous être contés dans cette nouvelle. Je tiens à vous prévenir : si la violence et le sang vous choquent, vous êtes priés d'interrompre dès maintenant votre lecture, et de choisir une autre nouvelle. Et ce dans le but de vous éviter cauchemars et mauvaises idées...

     

    Les Blessures de l'Âme Sont Eternelles...

    Le Comte Stephan von Alzberg sortait d'un sommeil de six cents ans. Rappelé à la conscience par l'Appel du Sang, il se sentait enfin prêt à imposer sa volonté à l'ensemble de l'Ancien Monde, par le biais d'une mobilisation de toutes les énergies chaotiques présentes en Noireterre... Noireterre, province maudite de l'Empire, sous la domination impitoyable d'une seule et même famille de Vampires depuis des millénaires. Il entreprit, malgré la torpeur qui l'habitait encore, de sortir du cercueil qui lui servait de lit... Et d'aller parcourir la campagne environnante pour se nourrir. Le soleil venait de disparaître derrière les Collines Ténébreuses, il savait donc qu'il lui restait exactement douze heures avant de se mettre en danger.

     

    Car, il faut le préciser ici, les Vampires, également nommés « Crocs Sanglants », ne peuvent s'exposer à la lumière du soleil, sous peine de souffrir d'atroces brûlures de la peau et des yeux... Et de mourir desséché, pour les plus malchanceux. C'était le principal danger qui pouvait leur enlever la non-vie, avec bien sûr le pieu planté dans le cœur. Stephan revêtit sa chemise à jabots, son pantalon noir de costume et sa veste taillés dans le meilleur tissu du Cathay, et sa belle cape en cuir de la même teinte, parfaitement entretenue par ses serviteurs pendant son repos. Il parcourait maintenant les couloirs sombres et froids du château, guidé par la nécessité de s'alimenter. Arrivé au rez-de-chaussée par un escalier en granit, il ordonna à son sergent d'armes, une brute nommée Albericht, d'ouvrir les portes, et de lever la herse qui protégeait toute la bâtisse...

     

    Dehors, il faisait remarquablement frais pour la saison, aux sens acérés du Comte, c'était d'ailleurs une manifestation des Forces du Chaos : les augures lui seraient enfin favorables. Perdu dans ses pensées, il chemina à pas feutrés vers le village... toujours en quête d'élixir de vie. Le sang, qu'il soit humain ou animal, donnait la force aux Crocs Sanglants, et prolongeait la non-vie... qui, de fait, pouvait s'étendre sur des centaines d'années. Il croisa un chien famélique, et eût tellement de pitié pour l'animal qu'il ne lui ôta pas la vie. Puis il fit son entrée dans Alzdorf. C'était un amas chaotique de maisons en torchis aux toits de chaume et de bâtisses construites en dépit du bon sens, mais selon les critères en vigueur à Noireterre, c'était « une petite cité tranquille et prospère ». Pas grand monde dans les rues... A part un mendiant, assis contre le mur d'une taverne. Stephen entreprit de discuter avec le pauvre hère...

     

    « Bonsoir, mon ami, je peux peut être vous venir en aide.»

     

    « 'Soir vot'seigneurie, bah j'veux bien, c'est-y qu'j'ai rien bouffé depuis trois jours... »

     

    « Aucun souci, suivez-moi, je sais où trouver de la nourriture. »

     

    Le mendiant se leva péniblement, et rassembla ses maigres possessions. Le Comte voyait son dîner arriver... Il amena le vieillard dans une sombre ruelle, et celui-ci s'exclama d'un coup :

     

    « Bah alors vot'bon Comte, où qu'elle est la boustifaille ? »

     

    Stephen rit intérieurement de l'irrespect et de l'inculture dont faisait preuve son repas du soir... Le vieillard vit la lueur démoniaque briller dans les prunelles du Comte et blêmit d'horreur, mais il était déjà trop tard. Plus rapide qu'un serpent, le Vampire attrapa le mendiant par le cou, et planta ses dents acérées dans la peau crasseuse. Et il but, goulûment, comme un nouveau-né qui tète le sein de sa mère. Les battements de cœur faiblissaient chaque seconde un peu plus, jusqu'à ce que le flot de sérum vital se transforme en gouttes perlant sur les lèvres du Comte. L'énergie vitale de ce dernier revenait peu à peu à la normale, et cela le rassurait. Alors, il lui brisa la nuque, et laissa tomber la dépouille mortelle du malheureux au sol. Personne ne le trouverait avant le lendemain, et mourir d'une telle façon était ici considéré comme faisant partie de la vie.

     

    Le Comte eût soudain envie de boire une bonne bière. Il se rendit donc à la taverne la plus proche, et entra sans hésitation. A peine sur le seuil de la porte, il fût estomaqué par la puanteur des lieux, faite d'un mélange de sueur, de tabac et d'autres plantes à fumer, et d'odeurs de cuisine... A la limite de l’écœurement, il porta à ses narines son poudrier favori, contenant de l'extrait de menthe poivrée. Quel soulagement... Puis il s'installa seul à une table, et commanda une chope de la meilleure bière. En attendant, il jaugea du regard les autres consommateurs du débit de boissons... Presque toutes les contrées de l'Ancien Monde étaient représentées. Il y avait ces deux marchands originaires du Cathay, d'après leurs yeux bridés et leurs vêtements à la mode orientale, ainsi que trois Barbares Norrois, torse nu et pagnes en fourrure... Une table plus loin, un homme âgé, vêtu d'une longue robe ornée de symboles ésotériques, savourait un unique gobelet de vin. Hum, se dit le Comte... Autant éviter de chercher des noises à un Invocateur, et les Barbares devaient disposer de renforts non loin.

     

    La serveuse, une jolie blonde aux formes généreuses, déposa la chope de bière demandée sur sa table. Il paya aussitôt, et rajouta un petit pourboire à l'intention de la jeune femme... Sans aucune intention, même si ses rotondités auraient suscité un intérêt tout autre il y a des siècles, quand il était encore mortel. Soudain, une jeune femme, visiblement une guerrière de l'Est, entra dans l'établissement. Par toutes les Divinités de la Nuit, se dit Stephan, qu'elle est belle ! Il réfléchit quelques instants, mais elle ne lui laissa aucune initiative, et vint s'asseoir à la table du Comte.

     

    « Bonsoir. Je m'appelle Ludmila Marakoff, guerrière de l'Est. J'ai appris que vous étiez le Comte de cette région. Est-il vrai que l'ancienne malédiction est de retour ?

     

    « Que nenni ma chère, ce ne sont que des ragots diffusés par des paysans ignorants qui ont vu des feux follets... Rien de sérieux. »

     

    « Alors offrez-moi à boire, s'il vous plaît. »

     

    « Très bien. Bière ou vin... ou autre chose ? »

     

    « De la vodka, cher Comte. Une bouteille. »

     

    « Rien que ça ! Heureusement que j'ai des pièces d'or... »

     

    « J'étais sûre que vous accepteriez ! »

     

    Alors ils burent jusque tard dans la nuit... Et discutèrent des guerres passées et à venir, de leurs existences. Le Comte lui avoua qu'il s'intéressait à des choses occultes, elle répondait qu'elle connaissait personnellement des Chevaliers du Temple... mais qu'elle garderait le secret de cette rencontre impromptue. Au sonner de la cloche de deux heures du matin, la guerrière, grisée par l'alcool, demanda au Comte de l'héberger pour la nuit, elle repartirait au matin.

     

    « Bien évidemment », dit Stephan, « comment pourrais-je refuser quoi que ce soit à une si belle femme ? »

     

    Elle rit aux éclats, puis ils payèrent leurs consommations, et prirent la direction du château. La guerrière fut impressionnée par la bâtisse, et commençait à raconter n'importe quoi... « Parfait », se dit le Comte, « j'ai justement besoin de trouver ma compagne dans la non-vie... »

     

    Le jeune couple entra dans le château par la porte de service, et se dirigea vers les appartements personnels du maître des lieux.

     

    « Ça alors, » dit la guerrière, « je n'ai jamais vu autant de toiles représentant des nobles ! Même au palais de l'Empereur... »

     

    « J'ai une grande famille », répondit le Comte, « et maintenant tu en fais partie ! »

     

    La guerrière, à l'esprit embrumé par les libations éthyliques, eut un temps d'arrêt, puis tira son épée du fourreau. Mais c'était peine perdue. Encore plus rapide, Stephan la saisit et l'entrava par un sortilège... Puis l'embrassa à pleine bouche. Du sang coulait de leurs lèvres réunies... Cela dura deux bonnes minutes, après quoi la guerrière s'effondra au sol.

     

    Elle se réveilla deux jours plus tard... dans une affreuse cellule fermée par une grille. Ça sentait la moisissure, le sang... et la corruption. Elle avait déjà senti cette odeur, et réalisa, terrorisée, qu'il s'agissait de celle de la malepierre, une substance extrêmement corruptrice... Elle avait mal à la tête, et se sentait mal comme jamais. C'est alors que la porte du cachot s'ouvrit, et le Comte apparut dans l'encadrement en bois.

     

    « Qu'avez-vous fait de moi, sorcier ? »

     

    « Je t'ai offert le Baiser de Sang. Je t'ai choisie pour être ma Princesse de la Nuit. Tu es maintenant une Crocs Sanglants ! »

     

    « Non », répondit la guerrière dans un sanglot où transpirait la haine, « c'est impossible »...

     

    Et pourtant, en l'espace de deux jours, elle s'était transformée. Ses canines avaient poussé, sa peau tannée avait blanchi, ses yeux bleus étaient maintenant rouges... Et elle se sentait affreusement mal.

     

    « Par tous les Dieux, que suis-je devenue... »

     

    « Bienvenue dans ma famille vampirique, Comtesse Ludmila von Alzberg ! »

     

    « Non ! », hurla-t-elle, folle de douleur.

     

    « Tu n'aurais pas du venir me parler... Mais tu auras tout le temps d'y réfléchir, car les blessures de l'âme sont éternelles. Je te souhaite une bonne non-vie ! »

    « Dans les Monts de Feu, règnent les Vénérables...Echec critique : Bien fait pour leur gueule ! »
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