• Chers lecteurs et amis, voici une petite nouvelle de ma création. J'espère qu'elle vous plaira. Bonne lecture... et, comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez par les commentaires !

    - Troll

    -----------------------

     

    Avant l’aurore, ce matin, la grande nouvelle est tombée. Nos forces, aidées par ceux de nos alliés Gothiques n’ayant trahi ni les origines de leur culture ni leur marginalité, allaient passer à l’action pour expurger le territoire, et notre culture, de cet immense ver poisseux et nauséabond qui pourrit la pomme. Grâce à plusieurs partisans étant également radio-amateurs, et communiquant via une des rares fréquences n’étant pas écoutée par nos ennemis, nous avions finalement coordonné nos actions. Le temps était venu, d’honorer le serment sacré envers notre culture sombre, froide et vénérée, par une rébellion dont l’histoire se souviendrait … Un soulèvement culturel, une réponse implacable à toutes les humiliations, à toutes les accusations débiles, à toutes les condamnations lancées par les médias et ceux qui se prosternent devant eux.

     

    Nous étions rassemblés dans les forêts mystiques, chacune d’elles formant un de nos temples, aux lisières des grandes villes. Contrairement à tant d’autres, nous n’avions aucun besoin de bâtisses de pierre et de bois, ou d’acier, pour nous retrouver. La Nature a toujours été notre sanctuaire, et nous lui en étions redevables à jamais. Nous n’attendions plus que le signal convenu pour nous lancer à l’attaque de ces métropoles depuis longtemps passées sous le contrôle, tacitement accepté par les masses crétinisées et agenouillées, de la « culture du flex ». Et ce signal avait une importance de taille : les groupes commandés par Myrinath Griffe d’Acier, électricienne de son état, allaient d’ici quelques instants s’atteler à couper, une bonne fois pour toutes, le faisceau de télévision hertzienne, ainsi que celui de toutes les radios. De cette façon, les Enfants de Morteforêt et leurs alliés savaient que les adorateurs de l’abrutissement, de la déchéance, de la pourriture bobo soi-disant « rebelle » émanant des médias comme autant de vomissures corrosives et corruptrices allaient être désespérés … par un arrêt brutal de leur « perfusion de culture ».

     

    Mörgath, l’opérateur radio, venait de confirmer l’information, après avoir reçu de nos quelques sympathisants restés en ville le mot de passe « Black-out » : tous les écrans étaient noirs, toutes les stations de la bande FM n’émettaient plus rien. Le mot de passe non contraint « Pass The Kingdom » nous est parvenu par notre radio longue portée quelques minutes plus tard. Enfin, nous aurions notre vengeance. Alors, hurlant notre haine et notre volonté d’en découdre en levant nos armes ancestrales, nous nous sommes rassemblés auprès de la Grande Prêtresse, au centre de notre sanctuaire de la Morteforêt. Vêtue de sa traditionnelle cape de tissu noir, d’un pantalon ample de la même teinte et de ses bottes hautes ornées d’anneaux de fer, elle demanda le silence d’un geste de sa main, et dit, de sa voix calme et déterminée :

     

    « Mes frères, mes sœurs, l’heure est venue. La maladie qui gangrène nos terres est sur le point de disparaître. Le vent se lève, et les vies de nos ennemis se meurent. Les rayons du Soleil, force suprême de la Nature, saluent le noble combat que nous allons mener. Les pantins décérébrés de la seule culture socialement admise ont toujours raillé nos valeurs, nos principes, les fondements même des entités qui sont nos raisons de vivre libres, là où les malades de la norme sont soumis à ce qui leur plaît, et à l’abruti médiatique qui les représente le mieux. Battez-vous avec bravoure, n’ayez aucune pitié, tout autant qu’ils n’en ont jamais eu aucune envers nous. La fierté ne meurt jamais, rassurez-vous, et un peuple banni se retourne aujourd’hui contre les instruments de la déchéance. Gloire et Honneur à vous tous. »

     

    Curieusement, il n’y eut aucun cri, aucun « Hourra », ni aucun « Baston », mais nombre d’entre nous hochèrent la tête en signe d’approbation, d’autres frappèrent leur poitrine de leur poing. Semblables à des Trolls hideux, à des Korrigans aux rictus malfaisants ou à des Gnomes verts olive surgis des légendes Scandinaves ou Celtes, et grimés de peintures de guerre comprenant la Rune de la Force, nous sortîmes de la forêt, judicieusement camouflés par nos tenues aux couleurs s’adaptant selon l’environnement. Au même instant, partout ailleurs dans le pays, d’autres factions de nos semblables sortaient de l’ombre, et approchaient des villes désormais maintenues dans le silence des écrans plats et des radios ne diffusant plus rien. Myrinath et les siens avaient fort bien exécuté leur tâche.

     

    Nos tee-shirts ou nos vestes arborant tant de groupes de Metal, plus ou moins extrêmes, et tant d’éléments culturels jusqu’à lors bafoués, nos falzars changeant désormais progressivement de couleur, du vert salvateur de la cambrousse au gris terne de la ville, et nos haches, nos épées, nos masses d’armes et nos cimeterres, commencèrent à provoquer la panique et la désorganisation dans les rangs de nos ennemis. Nous étions dans les villes. Dans « leur » monde. Notre détermination et notre volonté nous menaient, partout, comme autant de flux mystiques et occultes sortant des domaines sylvestres très souvent craints … Comme un présage des Divinités en notre faveur, un vol de grands corbeaux nous accompagnait en croassant avec une rare intensité. Cela avait un sens, ces animaux étaient partie intégrante de nos traditions, et eux aussi avaient été malmenés par l’histoire…

     

    Quant à nos ennemis … C’était la débandade dont nous avions tant rêvé. Nombre d’entre eux ont à peine eu le temps de comprendre ce qui allait leur arriver … alors qu’une arme antique leur ôtait déjà la parodie de vie qu’ils avaient mené. Nous autres, ne voulions pas reconstruire la société à notre image, mais juste la vengeance. Et la bénédiction des anciennes Entités, peu importe les noms que nous donnions aux « Grands Faiseurs du Bouzin ». Plusieurs unités de nos forces avaient reçu l’ordre de mettre à sac les icônes de la culture dominante. En premier lieu, les magasins de disques et les librairies devaient être débarrassés de tous les exemplaires de CD, de DVD, de livres appartenant à leur soi-disant « liberté culturelle », qui n’était que le symbole de l’oppression vécue par tous les autres. Ensuite, ce serait au tour de leurs « représentants » de payer … d’une façon ou d’une autre. Certains devaient être capturés vivants, pour bien leur faire comprendre que leur temps était révolu. Les autres, tous les autres, seraient les victimes de notre haine, épluchées vivantes et suspendues au-dessus d’un immense feu de joie alimenté par la malepierre. Quelques-uns se retranchaient derrière des « gardes » qui étaient bien peu nombreux au regard de nos hordes. Leur sort fût scellé dans la journée.

     

    Ordre était donné, et accepté par toutes et tous, d’épargner les « neutres », celles et ceux n’affichant ni signe d’allégeance à la « norme ambiante », ni à nos troupes. Et ils étaient bien rares … Malgré tout, les survivants que nous avions épargné avaient bien compris que le rapport de force avait changé de camp, et la peur aussi. Quelques-uns des nôtres, ayant délibérément mis à sac un magasin d’alcools forts, festoyaient bruyamment, en beuglant plus ou moins à l’unisson un antique chant Viking, le « De To Spellemenn », et en poussant des grunts dignes de ce nom, ou tournaient les yeux lors de leur ivresse, comme pour saluer le crépuscule, et la Lune qui fit son apparition. La Lune est verte comme la forêt, le Ciel est noir comme la haine. Pour autant, ce n’était pas « le grand soir ». Mais les « petits matins » imprégnés de rosée et de couleurs variant au rythme de l’année qui allaient suivre seraient inévitablement frappés du sceau et des runes de nos serments. Considérant que la mission avait été pleinement accomplie, même s’il y avait eu quelques débordements, la fréquence radio commune annonça que le temps de rentrer dans nos forêts mystiques et occultes était venu. Le mot de passe « Retranchement au Sanctuaire » est tombé à 21 heures 30, nous sommes pour ainsi dire repartis comme nous étions venus … ne laissant qu’un « message sans ambiguïté » derrière la sabotée bruyante de nos troupes.

     

    Depuis lors, nous, les Trolls, Gnomes, Korrigans et autres « bestioles nocturnes » ayant fait depuis longtemps allégeance aux Temps Anciens et aux Croyances Immémoriales que glorifient notre musique, avons fondé des communautés, plus ou moins grandes, dans les forêts, et nous vivons en accord total avec la Nature, les saisons et nos spiritualités, surtout sans laisser quiconque nous donner d’ordres ou de leçons sur ce que nous avions fait ou notre avenir. Et, bien évidemment … ceux qui ont tenté de souiller nos domaines forestiers n’en sont jamais revenus. Les légendes anciennes et les peurs primaires sont devenues nos armes les plus efficaces. Nous avions gagné ce combat, le droit de vivre libres tels que nous sommes, et dans les conditions les plus propices à notre survie. L’ancienne Tradition avait triomphé.

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Au sein de l'Ancien Monde, il y a deux forces qui s'opposent en permanence. La Lumière, représentée par les Humains, les Nains, les Elfes et leurs alliés... Et le Chaos, dont les Géants, Trolls, Ogres, Morts-vivants, Vampires et Mutants sont les sbires. Et ce sont précisément les Vampires qui vont vous être contés dans cette nouvelle. Je tiens à vous prévenir : si la violence et le sang vous choquent, vous êtes priés d'interrompre dès maintenant votre lecture, et de choisir une autre nouvelle. Et ce dans le but de vous éviter cauchemars et mauvaises idées...

     

    Les Blessures de l'Âme Sont Eternelles...

    Le Comte Stephan von Alzberg sortait d'un sommeil de six cents ans. Rappelé à la conscience par l'Appel du Sang, il se sentait enfin prêt à imposer sa volonté à l'ensemble de l'Ancien Monde, par le biais d'une mobilisation de toutes les énergies chaotiques présentes en Noireterre... Noireterre, province maudite de l'Empire, sous la domination impitoyable d'une seule et même famille de Vampires depuis des millénaires. Il entreprit, malgré la torpeur qui l'habitait encore, de sortir du cercueil qui lui servait de lit... Et d'aller parcourir la campagne environnante pour se nourrir. Le soleil venait de disparaître derrière les Collines Ténébreuses, il savait donc qu'il lui restait exactement douze heures avant de se mettre en danger.

     

    Car, il faut le préciser ici, les Vampires, également nommés « Crocs Sanglants », ne peuvent s'exposer à la lumière du soleil, sous peine de souffrir d'atroces brûlures de la peau et des yeux... Et de mourir desséché, pour les plus malchanceux. C'était le principal danger qui pouvait leur enlever la non-vie, avec bien sûr le pieu planté dans le cœur. Stephan revêtit sa chemise à jabots, son pantalon noir de costume et sa veste taillés dans le meilleur tissu du Cathay, et sa belle cape en cuir de la même teinte, parfaitement entretenue par ses serviteurs pendant son repos. Il parcourait maintenant les couloirs sombres et froids du château, guidé par la nécessité de s'alimenter. Arrivé au rez-de-chaussée par un escalier en granit, il ordonna à son sergent d'armes, une brute nommée Albericht, d'ouvrir les portes, et de lever la herse qui protégeait toute la bâtisse...

     

    Dehors, il faisait remarquablement frais pour la saison, aux sens acérés du Comte, c'était d'ailleurs une manifestation des Forces du Chaos : les augures lui seraient enfin favorables. Perdu dans ses pensées, il chemina à pas feutrés vers le village... toujours en quête d'élixir de vie. Le sang, qu'il soit humain ou animal, donnait la force aux Crocs Sanglants, et prolongeait la non-vie... qui, de fait, pouvait s'étendre sur des centaines d'années. Il croisa un chien famélique, et eût tellement de pitié pour l'animal qu'il ne lui ôta pas la vie. Puis il fit son entrée dans Alzdorf. C'était un amas chaotique de maisons en torchis aux toits de chaume et de bâtisses construites en dépit du bon sens, mais selon les critères en vigueur à Noireterre, c'était « une petite cité tranquille et prospère ». Pas grand monde dans les rues... A part un mendiant, assis contre le mur d'une taverne. Stephen entreprit de discuter avec le pauvre hère...

     

    « Bonsoir, mon ami, je peux peut être vous venir en aide.»

     

    « 'Soir vot'seigneurie, bah j'veux bien, c'est-y qu'j'ai rien bouffé depuis trois jours... »

     

    « Aucun souci, suivez-moi, je sais où trouver de la nourriture. »

     

    Le mendiant se leva péniblement, et rassembla ses maigres possessions. Le Comte voyait son dîner arriver... Il amena le vieillard dans une sombre ruelle, et celui-ci s'exclama d'un coup :

     

    « Bah alors vot'bon Comte, où qu'elle est la boustifaille ? »

     

    Stephen rit intérieurement de l'irrespect et de l'inculture dont faisait preuve son repas du soir... Le vieillard vit la lueur démoniaque briller dans les prunelles du Comte et blêmit d'horreur, mais il était déjà trop tard. Plus rapide qu'un serpent, le Vampire attrapa le mendiant par le cou, et planta ses dents acérées dans la peau crasseuse. Et il but, goulûment, comme un nouveau-né qui tète le sein de sa mère. Les battements de cœur faiblissaient chaque seconde un peu plus, jusqu'à ce que le flot de sérum vital se transforme en gouttes perlant sur les lèvres du Comte. L'énergie vitale de ce dernier revenait peu à peu à la normale, et cela le rassurait. Alors, il lui brisa la nuque, et laissa tomber la dépouille mortelle du malheureux au sol. Personne ne le trouverait avant le lendemain, et mourir d'une telle façon était ici considéré comme faisant partie de la vie.

     

    Le Comte eût soudain envie de boire une bonne bière. Il se rendit donc à la taverne la plus proche, et entra sans hésitation. A peine sur le seuil de la porte, il fût estomaqué par la puanteur des lieux, faite d'un mélange de sueur, de tabac et d'autres plantes à fumer, et d'odeurs de cuisine... A la limite de l’écœurement, il porta à ses narines son poudrier favori, contenant de l'extrait de menthe poivrée. Quel soulagement... Puis il s'installa seul à une table, et commanda une chope de la meilleure bière. En attendant, il jaugea du regard les autres consommateurs du débit de boissons... Presque toutes les contrées de l'Ancien Monde étaient représentées. Il y avait ces deux marchands originaires du Cathay, d'après leurs yeux bridés et leurs vêtements à la mode orientale, ainsi que trois Barbares Norrois, torse nu et pagnes en fourrure... Une table plus loin, un homme âgé, vêtu d'une longue robe ornée de symboles ésotériques, savourait un unique gobelet de vin. Hum, se dit le Comte... Autant éviter de chercher des noises à un Invocateur, et les Barbares devaient disposer de renforts non loin.

     

    La serveuse, une jolie blonde aux formes généreuses, déposa la chope de bière demandée sur sa table. Il paya aussitôt, et rajouta un petit pourboire à l'intention de la jeune femme... Sans aucune intention, même si ses rotondités auraient suscité un intérêt tout autre il y a des siècles, quand il était encore mortel. Soudain, une jeune femme, visiblement une guerrière de l'Est, entra dans l'établissement. Par toutes les Divinités de la Nuit, se dit Stephan, qu'elle est belle ! Il réfléchit quelques instants, mais elle ne lui laissa aucune initiative, et vint s'asseoir à la table du Comte.

     

    « Bonsoir. Je m'appelle Ludmila Marakoff, guerrière de l'Est. J'ai appris que vous étiez le Comte de cette région. Est-il vrai que l'ancienne malédiction est de retour ?

     

    « Que nenni ma chère, ce ne sont que des ragots diffusés par des paysans ignorants qui ont vu des feux follets... Rien de sérieux. »

     

    « Alors offrez-moi à boire, s'il vous plaît. »

     

    « Très bien. Bière ou vin... ou autre chose ? »

     

    « De la vodka, cher Comte. Une bouteille. »

     

    « Rien que ça ! Heureusement que j'ai des pièces d'or... »

     

    « J'étais sûre que vous accepteriez ! »

     

    Alors ils burent jusque tard dans la nuit... Et discutèrent des guerres passées et à venir, de leurs existences. Le Comte lui avoua qu'il s'intéressait à des choses occultes, elle répondait qu'elle connaissait personnellement des Chevaliers du Temple... mais qu'elle garderait le secret de cette rencontre impromptue. Au sonner de la cloche de deux heures du matin, la guerrière, grisée par l'alcool, demanda au Comte de l'héberger pour la nuit, elle repartirait au matin.

     

    « Bien évidemment », dit Stephan, « comment pourrais-je refuser quoi que ce soit à une si belle femme ? »

     

    Elle rit aux éclats, puis ils payèrent leurs consommations, et prirent la direction du château. La guerrière fut impressionnée par la bâtisse, et commençait à raconter n'importe quoi... « Parfait », se dit le Comte, « j'ai justement besoin de trouver ma compagne dans la non-vie... »

     

    Le jeune couple entra dans le château par la porte de service, et se dirigea vers les appartements personnels du maître des lieux.

     

    « Ça alors, » dit la guerrière, « je n'ai jamais vu autant de toiles représentant des nobles ! Même au palais de l'Empereur... »

     

    « J'ai une grande famille », répondit le Comte, « et maintenant tu en fais partie ! »

     

    La guerrière, à l'esprit embrumé par les libations éthyliques, eut un temps d'arrêt, puis tira son épée du fourreau. Mais c'était peine perdue. Encore plus rapide, Stephan la saisit et l'entrava par un sortilège... Puis l'embrassa à pleine bouche. Du sang coulait de leurs lèvres réunies... Cela dura deux bonnes minutes, après quoi la guerrière s'effondra au sol.

     

    Elle se réveilla deux jours plus tard... dans une affreuse cellule fermée par une grille. Ça sentait la moisissure, le sang... et la corruption. Elle avait déjà senti cette odeur, et réalisa, terrorisée, qu'il s'agissait de celle de la malepierre, une substance extrêmement corruptrice... Elle avait mal à la tête, et se sentait mal comme jamais. C'est alors que la porte du cachot s'ouvrit, et le Comte apparut dans l'encadrement en bois.

     

    « Qu'avez-vous fait de moi, sorcier ? »

     

    « Je t'ai offert le Baiser de Sang. Je t'ai choisie pour être ma Princesse de la Nuit. Tu es maintenant une Crocs Sanglants ! »

     

    « Non », répondit la guerrière dans un sanglot où transpirait la haine, « c'est impossible »...

     

    Et pourtant, en l'espace de deux jours, elle s'était transformée. Ses canines avaient poussé, sa peau tannée avait blanchi, ses yeux bleus étaient maintenant rouges... Et elle se sentait affreusement mal.

     

    « Par tous les Dieux, que suis-je devenue... »

     

    « Bienvenue dans ma famille vampirique, Comtesse Ludmila von Alzberg ! »

     

    « Non ! », hurla-t-elle, folle de douleur.

     

    « Tu n'aurais pas du venir me parler... Mais tu auras tout le temps d'y réfléchir, car les blessures de l'âme sont éternelles. Je te souhaite une bonne non-vie ! »

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Lors de nos précédentes incursions au cœur de l'Ancien Monde, nous avons suivi la vengeance d'un clan Troll, la quête de deux braves Nains, les Elfes sur le chemin de la lumière, et deux familles d'Humains célébrant leur alliance. Il est a présent temps d'évoquer des créatures méconnues, qui hantent les rêves et les cauchemars des Hommes, des Elfes et des Nains depuis la nuit des temps. Les Dragons, aussi appelés Vénérables. Ils vivent principalement dans les Monts de Feu, quelque part aux Marches de la Norria... Voici leur histoire.

     

     

    Dans les Monts de Feu, règnent les Vénérables...

     

     

    C'était le petit matin sur le paysage de début du monde des Monts de Feu. Simfarix avait faim. Une faim dévorante... La fatigue commençait à pointer le bout de son nez, et il n'avait plus aucune carcasse à ronger dans son antre. Encore quelques heures et il n'aurait même plus la force de déplier ses ailes dorées. Alors, il prit sa décision... Il sortit de son antre, se pencha vers le vide, prit son élan et s'envola... Son vol, lent et précis, était d'une grâce inégalée, dévoilant au ciel sa fort belle constitution, du bout de son museau à son appendice caudal orné de pics. Il soignait son apparence, et son style... comme le lui avaient appris ses parents, Dumnotax le Rouge et Syrinia Langue de Feu. Il survolait la vallée, et se dirigeait vers les hauts plateaux au sud. Tous ses sens en alerte, il repéra un troupeau d'élans à quelques battements d'ailes de sa position... Perdant peu à peu de l'altitude, il savait qu'il devait être le plus discret possible, le plus silencieux surtout. Il se laissa donc planer... Avant de surgir de la brume, il activa son sort de feu, puis se retrouva à poursuivre le groupe d'ongulés.

     

    Dans un souffle infernal, il carbonisa la moitié des élans, et prit le dernier en entier dans son immense gueule pour calmer son estomac. Les autres animaux fuyaient sans demander leur reste, il en croqua un autre pour le plaisir... Et revint à la coulée de lande dévorée par les flammes, parsemée de carcasses fumantes. Alors, il entama ses ripailles... Enfin, il était rassasié. Il s'en est fallu de peu... Quelques heures plus tard, le Vénérable, alors qu'il prenait un repos réparateur, fut réveillé par une alerte de ses sens magiques... Un autre pratiquant des Arcanes était proche ! Était-ce un congénère égaré, un chaman Troll l'observant, ou bien un magicien Humain voulant l'anéantir ? Il décolla d'un bond, et fila vers le nord... Tout à coup, il entra en collision avec une autre créature ailée. Ce fut un tourbillon d'ailes, de griffes, d'écailles, accompagné d'un concert de hurlements inhumains... Les deux dragons tombèrent au sol.

     

    C'était bel et bien une femelle Dragon de bronze, assez jeune, d'après ses écailles et son gabarit, elle semblait ne pas avoir atteint les deux siècles d'existence. Tapie en position de défense, elle feula de colère et de surprise. Dans leur langue antique, Simfarix déclama en levant sa patte droite :

     

    « Salutations, chère amie ! Comment te nommes-tu ? Quand je pense que j'ai failli te détruire ! »

     

    « Paix », répondit la femelle. « Je me prénomme Malitaya, et je ne te veux aucun mal. »

     

    « A la bonne heure », reprit notre ami ailé, « Alors, que fais-tu dans ces terres désolées ? Tu t'es perdue ? »

     

    « Oui, je reviens de l'île de Vathaan où demeurent mes parents. Je cherchais le Mont Immaculé, mais mon cap n'était pas bon et la brume m'a désorientée... Accepterais-tu de me guider jusqu'à mon antre ? »

     

    « Et comment ! Nous sommes voisins ! Partage donc pour le moment ma pitance, si tu le veux bien. »

     

    Alors, Malitaya et Simfarix entamèrent les derniers élans calcinés. Elle trouvait cette viande délicieuse ! Son régime alimentaire habituel était surtout constitué de chamois et bouquetins qui ne vivent que dans les plus hautes montagnes... Une viande plutôt bonne, mais au goût âpre trop présent qui déplaisait à certains Vénérables. Une fois la belle repue, ils dialoguèrent pendant quelques instants... Leurs cavernes respectives étaient à moins d'un kilomètre de distance l'une de l'autre, et ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant ! Ils évoquèrent l'ancien temps, quand leurs ancêtres étaient les maîtres incontestés de ces territoires, depuis la rivière Kaghül jusqu'aux Marches de la Norria... Hélas, les Humains avaient commencé à prospecter sur ces contrées désolées, et ce n'était évidemment pas du goût de nos amis aux écailles luisantes ! Maintenant, les bipèdes aventureux menaçaient le repaire des Vénérables, et risquaient de provoquer leur colère...

     

    Or, et il faut le rappeler ici, si un Vénérable isolé est quelque peu vulnérable à la magie, il n'en est pas de même d'un parti de dix de ses semblables prêts à l'attaque aérienne ! Malitaya, jeune femelle n'ayant jamais combattu, ne voulait qu'une chose : vivre en paix avec les siens. Or Simfarix était d'un tout autre avis. Il ne désirait pas être pourchassé par les Humains... Au bout d'une longue discussion, ils se mirent d'accord. Il fallait attaquer la colonie humaine la plus proche, pour laisser un avertissement sans frais à ces stupides colons ! De concert, ils prirent leur envol, et se dirigèrent sud-sud-ouest, vers l'enclave Humaine la plus proche... Un gros village du nom de Bourg-Franc.

     

    Une fois en vue des habitations, Simfarix et Malitaya prirent le parti du camouflage, et adoptaient leurs couleurs respectives à celle de la forêt la plus proche... pour passer inaperçus aux yeux de la garde et bénéficier de l'effet de surprise ! Simfarix dit d'un ton résolu :

     

    « Es-tu prête à combattre ? »

     

    « Comme jamais. »

     

    Alors ils s'envolèrent le plus silencieusement possible. Le village était calme, et les quelques défenseurs de la palissade eurent à peine le temps de comprendre ce qui se passait qu'ils furent terrorisés par le souffle magique de Simfarix. Malitaya, quant à elle, s'attaqua à ce qui semblait être la demeure du chef du village. Le toit d'ardoises ne résista pas longtemps à ses griffes acérées, alors, ulcérée, elle ouvrit littéralement la bâtisse en deux, mettant à jour ce qui avait été une chambre... La panique était maintenant générale dans la petite cité, les habitants fuyaient en hurlant par les portes qu'ils avaient ouvertes en catastrophe... Sur la place principale, un homme accoutré en mage se para d'une aura surnaturelle. Peu impressionné par une telle provocation, Simfarix l'incinéra sans autre forme de procès. Quant aux archers de la garde... Leurs flèches arrivaient à peine à érafler les écailles de nos amis. Le village semblait perdu...

     

    C'est alors qu'un homme de haute stature s'avança pour parlementer. Simfarix et Malitaya le regardèrent, sans desserrer leurs mâchoires. L'humain se mit à parler...

     

    « Que voulez-vous, créatures maléfiques ? »

     

    « Nous ne voulons pas de votre présence en lisière de notre domaine », dit Simfarix en langue commune des Hommes. « Je vous conseille fortement de plier bagage, et d'abandonner vos maisons ! Sinon, ma camarade et moi vous tuerons jusqu'au dernier... Est-ce assez clair ? »

     

    « Très bien, assez de dégâts comme ça », hurla l'homme. Puis il se retourna vers son second.

     

    « Wulfric, va chercher Arn et Ragnar, et faites évacuer le village. On ne prend que la nourriture, l'eau et les armes. N'oubliez personne... D'autres dragons peuvent venir à tout moment. »

     

    « Nous resterons sur place jusqu'à ce que le dernier bipède soit parti », clama Malitaya. « Fuyez et vous aurez la vie sauve, je vous le jure. Obstinez-vous à revenir et... »

     

    « Nous partons, et nous irons porter votre message à notre duc ! Soyez certains que nous ne vous dérangerons plus jamais. »

     

    Malitaya et Simfarix surveillèrent les Humains, quittant le village en caravane organisée, jusqu'à ce que Bourg-Franc soit totalement désert. Alors, ils hurlèrent de joie, décollèrent et exécutèrent de magnifiques figures dans le ciel, tout en crachant des langues enflammées... Leur présence avait engendré de gros nuages noirs, et chaque battement d'ailes déchaînait la foudre ! Mission accomplie ! Nos deux amis retournèrent en leur domaine. Un an plus tard, les Humains n'avaient pas reparu sur les hauts plateaux. Alors, Simfarix prit Malitaya pour compagne... Et ils vécurent heureux, régnant avec leurs congénères sur un vaste domaine, comme ils l'avaient toujours fait.

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Au sein de l'Ancien Monde, nous avons déjà parlé des Trolls de la Norria, des Nains des Montagnes, et des Elfes dans leurs Forêts. Voici maintenant une partie de l'histoire des Humains. Peuple fier, combatif, mais vivant dans la peur d'une nouvelle guerre contre le Chaos, ce sont bien souvent eux qui se dressaient en premier contre leurs ennemis de toujours... Notre héros, Childéric de la Mortaille, était de ceux-là.

     

    Les Humains, à l'instar des Nains et des Elfes, croyaient en leurs Dieux, et aux forces du Mal. Ils invoquaient souvent les Dieux pour la protection, la bénédiction, et le repos des trépassés. Religieusement, ils entretenaient la continuité des croyances, depuis des siècles. De nombreux ordres étaient entièrement dédiés à la protection des lieux sacrés, et au combat contre le Chaos. L'Ordre des Chevaliers, par exemple, dont faisait partie Childéric.

     

    La trahison de Morteterre

     

    Un pâle soleil d'hiver se levait sur Rocmirail. Le froid était terrible, en ce mois de décembre, et pourtant, Childéric devait encore parcourir la campagne austère et dépeuplée, pour nouer quelque alliance avec Jacquelin de Bois Noir, un de ses cousins. Débordé par l'ampleur de la tâche qui l'attendait, il repoussa Hildegarde, sa courtisane préférée dormant à ses côtés, et entreprit de s'habiller. Avant de quitter sa chambre magnifiquement décorée, il n'oublia pas de se munir de son épée préférée, ainsi que de son bouclier orné de la traditionnelle croix des Chevaliers. Dans le castel encore endormi, il ne croisa personne hormis un serviteur qui s'inclina à son passage. Il n'en avait cure.

     

    Childéric n'avait jamais connu le conflit à grande échelle... Tout au plus s'était-il familiarisé avec le combat en affrontant des bandits de grand chemin, au hasard de ses pérégrinations. C'était pour ainsi dire bien peu d'expérience... Et quand bien même il avait appris le maniement de l'épée par les leçons prises auprès du sergent d'armes de son père, il manquait cruellement de pratique. Mais il pressentait que cela allait finir par arriver... Un jour, il serait un grand chef de guerre, et à la tête de ses nobles et braves chevaliers, il repousserait les vilains qui menacent ses possessions terrestres. Son héritage familial. Il marchait d'un pas pressé dans la cour du bourg, et, perdu dans ses pensées, il manqua d'entrer en collision avec quelqu'un. C'était son frère d'armes, Léofred d'Aumont. Ce dernier le salua, d'égal à égal.

     

    « Alors, mon bon Childéric, déjà levé ? »

     

    « Eh bien, je dois aller conclure alliance avec mon cousin Jacquelin, et je sais déjà que ce ne sera pas chose facile... »

     

    « En effet... Il est fort probable qu'il cherche encore un coupable à la trahison de Morteterre. Bon courage à toi, et que les Dieux te bénissent. »

     

    « Merci, mon frère. Sagesse et victoire à toi également. Je pars dans l'heure pour Montabosse. »

     

    Après avoir vérifié son équipement, Childéric s'autorisa un menu déjeuner, en compagnie de ses plus fidèles conseillers. Ragoût d'agneau, légumes variés, pommes de terre et toujours, cet excellent fromage Nain, au caractère aussi dur que celui qui l'avait fabriqué. Le tout arrosé d'un excellent verre de Castel Censoir, un vin rouge très apprécié. Puis, harnaché sur son fidèle cheval, il partit, seul, vers le château de son cousin. Au moment de passer la grande porte, il vérifia s'il portait toujours son amulette protectrice... En effet, les créatures maléfiques et autres invocateurs ne manquaient pas dans la région, et tout objet ésotérique béni par l'Ordre des Chevaliers était le bienvenu.

     

    Quelques lieues après son départ, il traversait un paysage désolé... Les ravages de la grande guerre contre le Chaos n'avaient pas été effacés ici, et il croisait bien plus de tombes et de cairns que d'habitants réellement en vie... Il repensa soudain à la trahison de Morteterre. Il y a cinquante ans de cela, le seigneur de ce château avait attaqué à revers une escouade de Jacquelin de Bois Noir, pour une raison que seuls les Dieux connaissaient... Cela avait été un massacre, pas un seul n'en réchappa. Ainsi s'expliquait la raison de la haine entre son cousin et Amadour, fils de l'ancien seigneur de Morteterre. Le problème, c'est que le père de Childéric et celui d'Amadour étaient alliés, et avaient fait un serment de sang, comme le font souvent les hommes d'honneur. De fait, Jacquelin avait toujours de la rancœur envers son voisin. Cela était plutôt ancien, à l'échelle de l'existence humaine, mais la détestation était toujours d'actualité.

     

    A l'approche de Montabosse, notre héros faillit être désarçonné : son destrier rua, effrayé par une flèche s'étant fichée à ses pieds. Childéric pesta contre ce maudit sergent d'armes, incapable de tenir ses hommes à l'approche d'un émissaire... D'autant plus d'un chevalier. Il dût crier son nom, pour que les archers et soldats présents sur les remparts baissent enfin leurs armes... Puis le pont-levis descendit, et la herse s'éleva. Alors seulement, il fut autorisé à entrer. C'est Jacquelin lui-même qui assura l'accueil de son cher cousin...

     

    « Ah, cher cousin, tu m'as tant manqué ! »

     

    « Pas autant que moi, cependant, tes archers sont incapables de me reconnaître ! »

     

    « Excuse-les, ils sont sur les dents, à cause d'un raid de vilains, il y a une semaine... »

     

    « Et alors », fit Childéric en riant, « Je ressemble tant que cela à un pillard ? »

     

    Sur ces entrefaites, ils pénétrèrent dans l'imposant donjon. Et, après une brève ripaille, commencèrent leurs discussions... qui furent assez houleuses, Childéric invoquant la nécessité d'oublier les vieilles haines, alors que Jacquelin persistait à faire pendre haut et court les coupables de la trahison. Cependant, tous deux tombaient d'accord sur le point le plus important, à savoir que le règlement de ce conflit permettrait une union des forces contre les maraudeurs. Au moment où ils allaient se quitter sans avoir réglé leur problème commun, le cor d'alarme sonna... Jacquelin connaissait parfaitement la signification de cette alerte : les pillards étaient de retour. Il apostropha son cousin :

     

    « Alors, le temps est venu, veux tu combattre à mes côtés, pour défendre mon fort ? »

     

    « Et comment », annonça Childéric en attrapant son épée et en mettant son heaume.

     

    Ils sortirent. Sur les remparts, les combattants étaient déjà en place, et installaient balistes et arquebuses, de même que plusieurs chaudrons remplis d'huile bouillante ou de poix. Dans la cour, une organisation militaire prévalait sur la panique des villageois, ainsi ces derniers se barricadaient chez eux pour laisser les soldats gérer cette attaque... Un jeune défenseur du fort passa près de Jacquelin. Ce dernier lui adressa un salut local, le garçon lui répondit par le même geste. Toute cette mécanique avait été répétée des centaines de fois, il n'y avait aucune raison pour que cette attaque de pillards soit différente des autres...

     

    Et les ennemis approchaient rapidement. Arrivés à cent mètres de l'entrée de Montabosse, leur chef déclama :

     

    « Je rançonne ce bourg, par la volonté de Géobald le Rouge, notre chef ! Préparez-vous à nous donner tous vos ornements et à mourir dans d'atroces souffrances ! »

     

    Les défenseurs y répondirent par une volée de flèches, qui décima la moitié des rangs ennemis. Alors, Childéric et Jacquelin décidèrent de faire une sortie, à la tête d'une dizaine de braves. Ce fut un carnage... Insuffisamment armés, les vandales furent mis en pièces par les épées à deux mains, et incapables de se protéger, ils finirent par fuir comme ils étaient venus... Une nouvelle victoire pour les nobles chevaliers de l'Ordre !

     

    Le soir même, l'on festoya grassement à Montabosse. Sangliers à la broche, cervoise et vin, ce fut une grande ripaille, en l'honneur des deux seigneurs et cousins qui avaient si bien défendu le château... Et les serments d'amitié et d'assistance mutuelle se poursuivirent jusque tard dans la nuit. Ainsi se termina l'histoire de la trahison de Morteterre !

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Au sein de l'Ancien Monde, les Humains ne refusaient pas de partager leurs connaissances sur la science, la religion, la médecine et la guerre. Notamment avec les Nains. Mais il était une race qui vivait à l'écart, retranchée dans leur forêt sacrée, passant le plus clair de leur temps à se lamenter sur leur avenir glorieux et leur futur incertain... Les Elfes. Parmi eux, voici l'histoire de Ellewyn Main de Glace, princesse Elfique, qui se souvient du temps où la vie était ô combien plus facile...

     

    Par le sang des Elfes...

     

    Le léger vent du sud était chaud, et les nuages arrivaient rapidement au-dessus de l'ancienne forêt de Finmacond, domaine des Elfes. Ellewyn Main de Glace n'en avait cure, un peu de pluie ferait du bien à la végétation. Et contrairement aux Nains, elle et ses semblables ne se plaignaient pas des intempéries... souvent violentes dans cette région de l'Ancien Monde. Elle avait pris sa décision. Elle allait interroger les Oracles... Se levant avec aisance et grâce, sa longue silhouette aux reflets vert jade ne déparant pas dans les fourrés, notre héroïne prit la direction de l'Arbre des Vérités. Le seul endroit dans la forêt où l'on pouvait consulter les prophéties et les volontés des Dieux Elfiques. C'est alors que Glorond Cheval d'Argent fit son apparition. Il la salua :

     

    « Alors Ellewyn, as tu passé une bonne journée ? »

     

    « Certes », fit-elle, « mais je me rends à l'Arbre des Vérités, j'ai besoin de connaître notre avenir... »

     

    « Es-tu sûre de vouloir le savoir ? La vérité pourrait te faire peur... »

     

    En effet, les Elfes, qu'ils soient de Lumière comme nos amis, ou d'Ombre comme ceux des Terres Lointaines, étaient entrés en déchéance depuis la dernière guerre contre le Chaos, voilà cinq siècles. Hélas, le commerce qu'ils assuraient avec les Nains a cristallisé les haines millénaires entre deux peuples rivaux... Ce fut de nouveaux combats, et toute une génération des meilleurs guerriers avait été anéantie à la bataille... dans un camp comme dans l'autre. Si les Nains en étaient sortis vainqueurs, c'était au prix de lourds sacrifices... et maintenant, le commerce n'existait plus. Ellewyn le savait, mais elle voulait être sûre de l'avenir de son peuple tout entier. Et ce pour une bonne raison. Elle attendait un enfant. En couple avec Linar Anneau de Pierre, elle allait enfin avoir descendance, et perpétuer son peuple...

     

    Mais qu'adviendrait-il de leur domaine, de cette forêt déjà menacée par un souverain Humain voulant la défricher ? Devraient-ils reprendre les armes, et lutter à nouveau pour la pérennité de leur mode de vie... quitte à mourir sur le champ de bataille ? Hélas, l'existence des Elfes était bien trop longue pour continuer à se lamenter ainsi. Celles et ceux qui refusaient cette réalité ne voyaient pas les choses sous le bon angle... Car, et il faut ici le rappeler, les Elfes peuvent vivre jusqu'à sept siècles en bonne santé. Les légendes parlent même de quelques individus de haute naissance ayant atteint le millénaire d'existence.

     

    Perdue dans ses pensées, elle arriva bien vite au pied de l'Arbre sacré. Un des Anciens l'attendait, appuyé contre le tronc majestueux, comme pour capter l'énergie végétale.

     

    « Ellewyn Main de Glace, que viens-tu demander aux Dieux ? »

     

    « Noble Ancien, je viens leur demander quel avenir connaîtra notre peuple, ceux que nous aimons, notre domaine. »

     

    « Très bien, alors je t'accorde la vision. »

     

    Notre Elfe fut aussitôt plongée dans un tourbillon d'images contradictoires, tantôt belles, tantôt horribles. Des images de son peuple, sous son meilleur jour comme lors des pires batailles contre les servants du Chaos. Elle réprima un frisson d'effroi... D'après son expérience personnelle en matière de divination, les réponses des Dieux pouvaient être violentes, ou bien trop optimistes pour être vraies. Puis le plan changea, autres temps, autres lieux. L'image était celle d'une forêt qu'elle ne connaissait pas. Elle vit tout d'abord un immense trône en bois sculpté, puis toute une assemblée Elfique. Sur ce qui tenait lieu de table, était posée un diadème en bois de chêne, et une couronne en or. Elle comprit immédiatement... et interrompit la divination en ouvrant les yeux. Alors, impatiente de savoir, elle demanda à l'Ancien :

     

    « Noble Ancien, est-ce vrai, vais-je devenir Reine des Elfes ? »

     

    « C'est exact, tu as épousé un prince d'un autre clan, et votre union va sceller le retour des Elfes à la lumière et à la prospérité. Pour peu que ton Roi et toi preniez les décisions adéquates... »

     

    « Merci, ô Noble Ancien. Sois béni. »

     

    « Qu'il en soit de même pour toi, Ellewyn Main de Glace, ainsi que pour ton époux et ta descendance. »

     

    Perturbée par la divination, elle s'en retourna à son logis... où l'attendait Linar Anneau de Pierre. Elle lui raconta tout, il l'écoutait avec attention et paraissait captivé par son récit... Puis il se leva, et dit :

     

    « En effet, je suis bel et bien Prince des Chutes de Taliasin. Tu as donc épousé un futur Roi, qui te donnera bientôt un héritier. Je ne te l'avais jamais dit après notre rencontre, car j'avais peur que tu me repousses... »

     

    « Je t'aime de toute mon âme », lui dit Ellwyn en lui prenant doucement la main, « et je t'aimerai pour toujours. »

     

    Ils passèrent la soirée à parler de l'ancien temps, du temps où leurs grands-parents menaient une vie prospère, étaient riches, et commerçaient avec tous les peuples et voyageurs de passage dans la grande forêt. A plusieurs reprises, ils eurent les larmes aux yeux à l'évocation de leurs ancêtres disparus... mais c'étaient des Elfes plus qu'honorables, qui avaient combattu avec bravoure les légions du Chaos lors de la dernière grande guerre. Ils devaient être fiers d'eux. Enfin, ils prirent leur première résolution, qu'ils appliqueraient dès leur arrivée sur le trône Elfique. Il fallait de nouveau faire commerce avec les Nains... pour la survie de leurs deux peuples. La paix de tout l'Ancien Monde en dépendait... Ils parlèrent également des Elfes noirs, dont certains avaient fait allégeance au Chaos. Tels que Mafaenis Sombre Chemin, devenue chef de guerre pour les forces du Mal. Ils étaient révulsés par ces abominations. Comment leurs propres frères et sœurs, si semblables, pouvaient basculer ainsi dans la haine, la désolation et l'anarchie, et voulaient modeler le Monde à leur image, sombre et brutale ?

     

    Repus d'images et de souvenirs du passé, ils allèrent dormir, et firent un rêve magnifique... dans lequel ils étaient couronnés Roi et Reine des Elfes par les Anciens, et élevaient leur fils, qu'ils avaient appelé Loron Cheveux de Jais. Un magnifique Elfe, à l'image de ses parents, courageux, bienveillant et très intelligent. Les légendes Elfiques disent que la Prophétie des Anciens se réalisa au mot près, et que Linar Anneau de Pierre et son épouse régnèrent sur le peuple Elfique pendant cinq cent ans... Avant de confier le trône à leur unique fils. Le commerce entre races reprit, et assura la prospérité chez les Elfes comme chez les Nains, une fois les vieilles rancœurs et les haines du passé résolues et oubliées. Ainsi, les Elfes furent à chaque nouveau conflit contre le Chaos, partie prenante dans la bataille... aux côtés des Humains et des Nains.

     

    Partager via Gmail

    votre commentaire
  • Dans l'Ancien Monde, il y avait plusieurs races distinctes. Les Humains bâtisseurs de cités, les Elfes retranchés dans leurs forêts immenses, les Géants peuplant la Norria... Mais la plus courageuse des races était sans doute celle des Nains. Intrépides combattants, ingénieurs talentueux, inventeurs jamais à court d'idées, ils affrontaient sans cesse les légions du Chaos... dans le simple but de protéger à tout prix leur empire vieillissant, et leurs traditions millénaires. Voici une partie de leur histoire.

     

    Le courage des Nains...

     

    C'était par un bel automne, les rayons du Soleil dardaient la nature, les Pics Frontaliers devisaient avec les nuages, et les premières neiges n'allaient plus tarder à arriver. Partout à travers l'Empire, les Humains commerçaient, vaquaient à leurs activités, sans se soucier du lendemain. Mais les Nains, eux, préparaient une guerre, une de plus, contre le Chaos. Ils étaient ceux avec qui on ne s'alliait qu'en cas de grand danger, tellement leur susceptibilité était reconnue... Mais, au-delà de ça, leur honneur était la première de leurs valeurs. Avides de richesses et de gloire, ils envoyaient souvent leurs meilleurs combattants dans des quêtes dangereuses, souvent sans retour...

     

    Grutle Harvagsson soupira de dépit lorsque son camarade, Mimir Guthrifsson, entonna le cent vingt-quatrième couplet de cette chanson de marche Naine parlant d'un couvent de nonnes, d'un Troll et d'un ménestrel humain... Étant lui-même un Nain, il adorait l'inventivité légendaire de ses semblables, mais était souvent pris au dépourvu lorsqu'elle servait des objectifs risibles, voire franchement inutiles. Nos deux guerriers marchaient aux frontières de leur Empire, en direction des montagnes formant la frontière naturelle avec le domaine du Chaos, au sud de l'Ancien Monde. Ils avaient ouï dire d'un fabuleux trésor gardé par un clan d'Orcs, et pour deux Nains en quête de gloire, il n'y avait rien de mieux que d'affronter de telles créatures. Sur leur route, ils trouvaient souvent un misérable hameau Humain, dont les habitants étaient tout juste capables de leur fournir un peu de viande, de la bière et une place dans l'étable pour dormir. Mais ils n'en avaient cure. Ils n'avaient pas été élevés dans le confort : dès leur plus jeune âge, ils s'étaient retrouvés ensemble dans l'armée de Olaf Olafsson, la plus grande des trois armées Naines. Ainsi, ne se nourrir que d'expédients et dormir à la belle étoile faisait partie de leur mode de vie.

     

    D'après les avertissements dessinés sur les bornes de lieues, à savoir une tête d'Orc mort avec deux tibias se croisant, ils étaient bien loin de chez eux... Dans ces circonstances, il fallait surveiller chaque chaos rocheux, chaque bosquet qui aurait pu abriter une escouade de Gobelins... encore qu'ils n'avaient pas peur de ces misérables créatures, qui n'attaquaient que quand elles étaient en supériorité numérique manifeste. Non, ils n'avaient peur que des Géants, et des Dragons. Autrement dit, des créatures que l'on ne rencontrait pas tous les jours... même ici.

     

    Cela fait longtemps que Grutle voulait prendre la parole, mais il n'interrompait pas Mimir. Alors il lui envoya un formidable coup de poing, dans le but de faire cesser cette chanson, et lui dit : 

     

    « Silence, maintenant ! Je sens que nous approchons... »

     

    « D'accord », fit Mimir, « mais tu n'étais pas obligé de me frapper ! »

     

    « Mmmh », reprit Grutle, « tu ne comprends jamais rien de toute façon... »

     

    Et, dans le plus grand silence, ils continuèrent leur marche. Mimir comprit très vite la raison de l'inquiétude de son compagnon : le campement d'une tribu Orc était en effet visible, à environ un kilomètre de là. Alors, ils prirent leur décision : à l'attaque ! Hurlant et vociférant comme seuls les Nains savent le faire, ils coururent vers leurs ennemis... L'Orc de garde n'eut que le temps d'afficher un visage surpris, alors que sa tête coupée volait déjà dans les airs. Alertés par le tumulte de la sabotée Naine, les guerriers Orcs accouraient, et engageaient le combat avec nos amis. Imbattable à la hache, Grutle fit un carnage, se transformant en véritable machine de guerre. D'un seul coup, il décapita deux Orcs, leurs cadavres étant encore animés par quelconque influx nerveux, avant de tomber définitivement à terre. Mimir, quant à lui, insultait dans sa langue rugueuse les ennemis, avant de les détruire à grands coups de son marteau de combat. La bataille faisait rage, à un contre dix.

     

    Mimir se retrouva d'un coup entouré par trois guerriers Orcs, et ne dut son salut qu'à l'intervention providentielle de Grutle, celui-ci éventrant un des ennemis, les deux autres prenant peur et abandonnèrent le combat. Ils reprirent leur chemin sanglant, en ponctuant chaque coup d'une syllabe issue d'un vieux chant de guerre Nain... les syllabes gutturales se mariant à merveille, selon eux, avec l'ambiance d'une telle attaque. Un Orc plus aventureux que ses semblables tenta une botte malencontreuse à l'aide d'une lance, mais Mimir feinta et abattit son marteau sur le genou de la créature. Celle-ci hurla de douleur et tomba à terre... Grutle n'eut alors plus qu'à lui séparer la tête du reste du corps. Et les Orcs restants revenaient inlassablement à la charge... jusqu'à ce que leur nombre ne leur permette plus de remporter la victoire.

     

    Les Nains surent combattre avec bravoure... et après avoir mis en fuite les trois Orcs survivants, ils entreprirent de partir à la recherche du fameux trésor.

     

    Une tente après l'autre, ils cherchèrent partout le butin dont on leur avait tant parlé... avant de le trouver sous ce qui avait été la tente du chef Orc. C'était un coffre en bois, de taille moyenne, fermé par une serrure. Mimir, qui était également serrurier et ferronnier de père en fils, se mit au travail, à l'aide de sa trousse à outils. Après quelques tâtonnements, et une bordée de jurons bien sentie plus tard, la serrure rouillée céda... Mimir ouvrit alors le coffre... Et dit :

     

    « Par mes ancêtres ! »

     

    Les Nains découvrirent un véritable trésor. Pièces d'or, bijoux, pierres précieuses, valeurs diverses et variées... Mimir avait les larmes aux yeux, d'étonnement et de joie. Grutle était également stupéfait par le contenu du coffre. Notamment par une bague, de très belle facture, qui était opportunément visible...

     

    « Regarde, c'est la Chevalière de Thrym le Borgne ! »

     

    En effet. Ce bijou, sacré chez les Nains, était considéré comme perdu suite à la défaite du fort de Karak Kardaz, il y a cinq cent ans de cela. Ils venaient donc de retrouver un artefact d'une valeur inestimable ! En plus de la bague, c'était un assortiment entier de chaînes en or fin, et de pièces du même métal. Vraisemblablement naines, d'après l'effigie d'un ancien roi dont ils ne se souvenaient plus le nom. Il fallait impérativement que ce trésor revienne à leur peuple ! Si ils décidaient de le garder pour eux, leur honte serait terrible, et pour laver cet affront... ils devraient se raser le crâne et devenir Tueurs, c'est à dire jurer de trouver la mort par les mains du plus gros monstre qui soit. Il en était hors de question !

     

    Nos Nains se mirent donc en quête d'une charrette, pour transporter ce coffre jusque sur leurs terres, sans trop souffrir. Ils en trouvèrent une, et décidèrent d'assurer eux-mêmes la traction de l'attelage, en se relayant toutes les deux heures. Une fois après s'être assurés de ne pas avoir été repérés par un Orc égaré, ils prirent le chemin du retour.

     

    Le soir même, ils s'arrêtèrent pour la nuit en pleine campagne, ayant retrouvé des terres plus hospitalières que les montagnes. Et ce fut encore une nuit dehors, Grutle montant la garde pour décourager tout voleur de passage... Cela dit, les rumeurs des Humains sur la présence de guerriers Nains à proximité ne déchaînait pas les passions. Car étant donné l'amour des Nains pour l'or et les richesses, bien fou serait l'Humain qui viendrait leur contester rien que dix pièces d'or ! Ils rentrèrent donc chez eux sans encombres, et furent accueillis par le Roi Olaf en personne. Une fois la bague de Thrym le Borgne remise à ses descendants, il fut donné un banquet fantastique au fort, et nos deux amis s'empiffrèrent comme si c'était leur dernier repas... Leur mission était accomplie, une ligne de plus venait de s'ajouter à leur renommée naissante !

     

    Partager via Gmail

    1 commentaire
  • Il y a de cela fort longtemps, quelque part dans les froides Terres du Nord... Une région entière était habitée par un peuple hostile à l'homme. Des créatures aux allures de géants mythologiques, pratiquant une sombre magie, défendant leur domaine comme nul autre peuple. Les Trolls de Trolloria. Parmi eux, un petit clan vivait de son commerce avec les Ogres de Grom, peuple voisin. Les années s'écoulaient, entre tractations et trahisons, bien vite oubliées dans la cervoise trollesque qui coulait à flots. Un jour pourtant, des Humains bien imprudents vinrent mettre un terme à la quiétude de nos monstres... Voici leur histoire.

     

    Trolloria - Première nouvelle Fantasy.

     

    Krähvenn parcourait la forêt austère et neigeuse, en silence. Ça et là, il sentait des pistes, un sanglier de passage, un groupe de biches... Comme une promesse d'un futur banquet pour les siens. Alors qu'il passait près de la clairière de Mortelune, il renifla violemment, et une odeur jusqu'à la inconnue à ses naseaux vint le troubler... Alors, il se remémora les histoires de son père, Grätor l'Ancien. Il lui parlait parfois, à la lueur du feu de bois, d'une peuplade mystérieuse... les Humains. Avant qu'il ait le temps d'y penser plus longuement, une flèche vint se ficher dans le tronc d'arbre le plus proche... Se retournant, il aperçut un groupe de bipèdes harnachés, armés, et chevauchant d'étranges bêtes à quatre jambes. Cela n'avait aucun sens : pour lui, ces animaux vivaient pour être dévorés. Hurlant de défi, il rassembla ses forces engourdies par la morsure du froid Norrien, pour aller combattre...

     

    Courant vers ses ennemis, il fut bien vite à découvert des arbres. Il accueillit le premier cavalier d'un moulinet terrible de sa hache préférée, lui ouvrant l'abdomen et répandant ses entrailles sur la neige. Le second fut proprement et rapidement décapité par le double tranchant. Le troisième, vraisemblablement un homme d'importance, maniait son épée à deux mains. Cela n'empêcha pas Krähvenn, fils de Grätor, de l'abattre violemment d'un coup de masse d'armes. Alors, une corne résonna, émettant un bruit terrifiant... Et les humains se retirèrent, aussi rapidement qu'ils étaient apparus aux yeux de Krähvenn. Notre champion retourna à sa demeure, ne cherchant pas à rattraper les intrus. Après quelques instants de marche, il retrouva la hutte familière, où l'attendaient sa compagne, Myriaeth, et ses deux petits Trolls, Wahae et Tröm. Fierté paternelle ou honte de l'attaque, il baissa les yeux devant Myriaeth, tenta de l'esquiver, mais n'échappa pas à sa question lapidaire...

     

    « Alors, qu'est ce qu'on mange ce soir ? » lui dit-elle.

     

    « Je n'ai pas encore trouvé », répondit notre héros, « et je me suis fait attaquer par des Humains. »

     

    « Il faut en parler au Cercle des Anciens, et lever une escouade pour les anéantir ! »

     

    « Oui, je finis ma chope de cervoise, et j'y vais. »

     

    Quelques instants plus tard, Krähvenn se rendit au Temple. La construction avait beau être rudimentaire, une hutte améliorée bâtie sur des rondins, elle servait de lieu de réunion pour le Clan, et accueillait tous les litiges claniques, ainsi que les réunions plus traditionnelles. Deux gardes troll protégeaient l'entrée en permanence. Krähvenn entra, en adressant un regard sombre aux deux molosses... Il retrouva l'Ancien du village, et lui soumit le problème en quelques phrases, ponctuées de grognements évocateurs de son énervement. Comme à son habitude, l'Ancien prit son temps pour répondre, et lança une sentence aussi froide qu'implacable. « Lançons un raid sur les terres des Humains, pillons leurs huttes, et ils n'auront plus envie d'en découdre ! » Krähvenn prit congé. En sortant, il adressa une prière silencieuse à tous les Esprits qu'il connaissait, pour lui comme pour sa famille et son Clan tout entier.

     

    La tribu se réunit le lendemain au lever du soleil. Krähvenn, sous les ovations bruyantes de ses amis, prit la parole pour raconter sa sanglante rencontre avec les cavaliers Humains. Partout dans l'assistance, les regards étaient bouillants de haine, les plus anciens se rappelant la perte d'un des leurs, les plus jeunes ayant envie d'aller se battre à tout prix. L'Ancien conclut l'assemblée en hurlant : « Pour le Clan, pour Trolloria ! Livrons bataille contre ces imprudents humains, massacrons-les, et festoyons pour la Victoire ! » Comme un seul troll, ils l'acclamèrent, avec force exclamations guerrières... Seuls les guerriers mâles furent convoqués au Temple, pour recevoir la bénédiction des Esprits. Les femelles et les jeunes n'allaient pas au combat. Tous portaient au moins une terrible hache, et une masse d'armes ornée de pointes. Certains en avaient profité pour étrenner leur nouveaux apparats de fer, conçus par Nirith Main de Feu, le forgeron. Une fois parés, Bauglir le Sanglant, chef du Clan, donna l'ordre de marche. Plein est, pour arriver jusqu'au village des Humains...

     

    Les Trolls, habitués de naissance aux longues marches en terrain rocheux, progressaient rapidement dans la montagne. Un pâle soleil d'hiver baignait les terres de Trolloria, mais cela ne suffisait pas à réchauffer l'atmosphère. Pourtant, les guerriers trolls ne sentaient pas le froid, ils y étaient habitués depuis des générations. Alors qu'ils passèrent le Col du Sang Noir, Bauglir fit arrêter la colonne. Le village des Humains était en vue ! Krunt Gant de Fer interrogea le chef :

     

    « Pas de quartier, Bauglir ? »

     

    « Aucune pitié envers ces humains ! Pillez, tuez, rapportez des richesses pour le Clan ! »

     

    Se mettant à courir furieusement, nos Trolls descendaient la piste caillouteuse menant au village. Ils se demandaient certainement à quoi servait cette tour étrange, ornée d'une croix qu'ils n'avaient jamais vu auparavant... La petite cité était entourée d'une palissade en rondins, gardée par deux colosses qui, pourtant, n'effrayaient pas Bauglir. Sa masse d'armes, lancée à pleine vitesse, écrasa le visage du premier, et sa hache fendit la cotte de mailles du second avant qu'il n'ait eu le temps de réagir, trouvant le cœur. Il mourut sur le coup. Alors, aidé de Nirith, de Krähvenn et de quelques autres, ils entreprirent d'abattre ce qui servait de porte...

     

    De l'autre côté, les habitants Humains, alertés par le vacarme, s'étaient barricadés dans leurs maisons aux toits de chaume. La porte massive tomba dans un fracas épouvantable, et la mauvaise horde se déversa dans les rues du bourg. Un soldat Humain de passage, visiblement sortant de la taverne après une matinée de libations, n'eût que le temps d'enfiler son casque... avant de mourir transpercé par la lance de Kiroth, frère de Nirith Main de Feu.

     

    Nirith entra justement dans une maison semblant abandonnée, et put faire une découverte surprenante pour un Troll : une peau noirâtre, dure, sentant le bœuf, et vraisemblablement utilisée pour servir d'étui pour les armes ! Il décida de garder cet accessoire, et d'en parler à Mortenz, l'ingénieur du Clan. Cela pouvait être une petite révolution pour lui et les siens... Avides de richesses à piller, les Trolls furent servis au delà de leurs espérances. Dans une maison forte en briques, ils trouvèrent un énorme coffre en bois et en fer... Ils l'ouvrirent de force, et découvrirent un amas fabuleux de pièces d'or ! Bauglir prit alors la parole.

     

    « Krähvenn, c'est toi que ces Humains ont attaqué l'autre matin. Je te charge d'une mission : boute le feu à cette maudite tour, que ça leur serve de leçon ! »

     

    « Compris, notre Chef ! »

     

    La tour, que les humains appelaient « clocher », fut détruite en quelques minutes, le bois verni ne résistant pas longtemps aux flammes... Une fois les montants dévorés par le feu, elle tomba au sol, sous les acclamations du Clan tout entier.

     

    Ensuite, le Clan s'occupa du sort des Humains... Ce fut un massacre. Les flèches des archers ne firent pas le poids face aux masses d'armes cloutées et aux haches à double tranchant, au mordant terrifiant. En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, les villageois furent anéantis. Ne restèrent que des cadavres ensanglantés, quelques pages d'un livre sacré éparpillées par le vent, et une odeur de brûlé, émanant des ruines de l'église. Le village était pour ainsi dire rayé de la carte, de même que la menace qui pesait sur les épaules du clan Troll.

     

    Alors les Trolls, estimant leur raid accompli et couronné de succès, firent volte-face, et retournèrent dans leurs chères montagnes. Et, depuis ce jour, ils continuent à vivre comme auparavant, de génération en génération. Leur commerce avec les Ogres s'étant développé, ils ont acquis de nouvelles techniques pour la vie de tous les jours et le combat, et... plus jamais ils ne furent attaqués par les Humains.

    Partager via Gmail

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique