• Souvenirs de la route : vagabondage professionnel

    Bonsoir à tous.

    Si je prends mon clavier ce soir, c'est pour vous conter quelques souvenirs de la route. Je l'ai fait en camion, et ce camion était mon outil de travail. Du métier, découlent des rencontres, des aventures, des galères, mais aussi des actes de franche camaraderie entre collègues... et des désillusions.

    Je me souviens de mes débuts dans le transport routier de marchandises... Epuisé, j'ai dû faire un transfert industriel de Grenoble à Valence, dans un camion datant de la nuit des temps, tremblant dans tous les sens... Un Mercedes SK, pour les connaisseurs. Je me suis fait engueuler par un chauffeur d'autoroute, pour un bout d'aluminium tordu. Et j'ai passé la nuit, sans m'être ni lavé ni brossé les dents, et sans toilettes publiques, sur une aire de repos abandonnée par Dieu et les hommes... Je n'ai pas dormi de la nuit, dévoré par les moustiques (c'était en plein été). Je ne vous raconte pas mon état le lendemain, ca frisait le surréaliste... Je n'ai tenu le coup que grâce à la sympathie de l'homme qui m'accompagnait pour le déménagement, mais j'étais usé physiquement comme moralement, deux jours pour récupérer...

    Je me souviens avoir été embauché dans une autre entreprise de transport, cette fois en transport de matières dangereuses en citerne. Cette fois ci, Daf XF 105, grande cabine et couchette confortable. La Hollande le premier jour... Eh oui. Je dormais sur les aires de repos (échaudé par l'expérience précédente, je choisissais le plus possible les parkings avec une station, pour ne pas être pris au dépourvu). En dehors des autoroutes, il m'arrivait d'être sur des lieux fréquentés la nuit, et pas que par des routiers... Bref. Je chargeais à Grenoble pour aller après Niort, je revenais à vide, je lavais la citerne, puis je rechargeais à Lyon pour le Havre, et du Havre, je repartais vers l'Espagne... En gros, j'avais des semaines de 70 heures. Mais la paye était en conséquence. J'adorais revenir du Benelux, par les Vosges, en écoutant du Metal folk ou pagan à la tombée de la nuit. Ca n'a pas duré longtemps... La crise est passée par là...

    Ensuite, je fus embauché pour un remplacement par une entreprise de la région de Brive, qui faisait du déménagement, et de la citerne pétrolière. J'étais formé pour ça. Le tout en Scania 420 chevaux, flambant neuf. J'ai vite apprivoisé mon boulot et ma tournée, pas mon patron, avec qui j'avais des relations conflictuelles (il m'a dit un jour "Si vous perdez la vie sur la route, je ne viendrai pas à votre enterrement...") C'était vraiment à l'ancienne. Heureusement, j'avais des collègues plutôt sympas, mais on ne se voyait pas souvent. Je me levais à une heure du matin, pour commencer à deux heures, prendre la direction de Bordeaux pour aller charger du carburant, et revenir sur la Corrèze ou bien le nord du Lot pour livrer, en général à des stations service, quelquefois à des revendeurs de mazout. Carrément pas écolo, je sais, mais c'était ça ou rester au chômage 6 mois de plus... Avant la fin de mon contrat, je leur ai fait un ou deux petits cadeaux, à ma façon. Je prenais systématiquement l'autoroute quand ils voulaient me forcer à prendre la nationale (qui était dangereuse, et en plus, interdite aux camions), et j'ai déposé plainte contre eux, pour infractions à la sécurité du transport de matières dangereuses (pas d'extincteurs sur les remorques, pas de matériel de sécurité). Et vous n'allez pas me croire, ils m'ont demandé de rester !

    Puis ce fut un mois chez un transporteur, tout ce qu'il y a de plus acariâtre, dans la Creuse. Pareil, du pétrolier, mais cette fois ci, uniquement du fioul rouge ou du gazole. Avec un camion relativement pourri (Iveco Eurotech qui totalisait près de deux millions de km...), et une citerne des années '70. Le tout pour prendre des chemins d'écoliers, à 2h du mat', entre la Haute Vienne et la Vienne. Pour aller charger à la Rochelle. Curiosité inhérente à l'état du camion : le rideau de couchette et le matelas étaient pleins de bitume séché, souvenir d'un chauffeur qui n'enlevait pas ses chaussures de travail pour dormir... Et ca sentait fort là dedans, comme dans le ... derrière d'un Troll. Ce patron m'a dit un jour "Quand tu auras fini de ch***, je viendrai te torcher le c**"... Ca veut tout dire. Un mois de travail, mon chèque, ma fiche de paye, et la porte. Je leur ai dit, le dernier jour, d'aller cordialement... vous avez compris.

    Ensuite, coup de bol à mon retour sur Grenoble, une copine m'a fait rentrer dans une blanchisserie industrielle, qui a ses propres camions. J'étais sur un petit Iveco en 10 tonnes. Le but du jeu : livrer des chariots de linge à des hôtels et restaurants en station de ski. Mon trajet préféré, c'était pour aller à Vars (05), je voyais des paysages magnifiques ! Mais je rencontrais les pires conditions météo : tempête de neige, vent violent, parfois route coupée... Heureusement, mes chefs étaient sympas et compréhensifs. Ca a duré quatre mois environ, j'aurai bien aimé décrocher un CDI, pour être affecté à Montluçon, ou à Châteauroux... Enfin. J'ai retravaillé chez eux en 2011/2012, jusqu'en mars du moins... J'étais trop fatigué pour continuer en sécurité, je ne me sentais plus d'assumer la conduite d'un PL.

    Huit jours après la fin de ce contrat, je fus embauché dans un grand groupe de transport, spécialisé dans le transport de produits chimiques et pétroliers, mais qui cherchait à se diversifier... Au départ, tout allait bien, puis arriva ma maladie... Huit mois d'arrêt de travail. J'ai réussi à reprendre chez eux. Je chargeais une soude à Grenoble, pour Saint Etienne ou Riom, je rentrais, je lavais la citerne, je la dételais, et je prenais un plateau pour livrer des préfabriqués béton sur Paris... Je n'arrêtais pas ! Mes dispatchs et mes collègues étaient sympa, je m'entendais bien avec tout le monde. Le chef mécano m'appellait "Saturnin" ! J'en garde un bon souvenir. Même si, au mois de juin 2011, ils m'ont licencié pour inaptitude au poste (dûe à ma maladie, et au risque avec les matières dangereuses)... Grâce à ca, j'ai voyagé jusqu'en Italie, en Espagne, et une fois en Suisse.

    Voilà... Je crois qu'on peut qualifier tout ça de "vagabondage professionnel", alors j'ai choisi ce titre. Malgré toutes les galères, toutes les engueulades, toutes les désillusions vécues pendant ces quatre années dans le transport routier de marchandises, j'en garde un très bon souvenir. Au volant de mon ensemble, un camion de 420 ch et une citerne rutilante, je me sentais dans mon élément, à ma place.

    Que dire de plus ! A part une chose : merci de m'avoir lu jusqu'au bout !

    A très bientôt.

    Troll

     

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